L’environnement familial

L’environnement familial

Le recul de la mortalité n’a pas uniquement amélioré la survie individuelle et allongé la durée de vie d’après travail, il a aussi considérablement transformé l’environnement familial de chacun. Beaucoup plus fréquemment qu’hier, les aïeux sont témoins de la cessation d’activité de leurs enfants ou de l’accès à la paternité de leurs petits-enfants. Il n’est plus rare qu’au sein des familles se côtoient quatre générations dont deux sont retraitées. Recul du veuvage, montée du divorce et diminution de la cohabitation multigénérationnelle font également partie des évolutions marquantes observées durant les dernières décennies. Ces tendances sont appelées à se poursuivre dans les prochaines décennies conduisant, notamment, les personnes très âgées à vieillir plus souvent en couple.

Mais les différences restent marquées notamment entre le Nord et le Sud de l’Europe et selon que l’on est un homme ou une femme. Ainsi, le plus fort risque de veuvage des femmes et leurs plus faibles chances de se remettre en couple les vouent à l’isolement résidentiel, les hommes vieillissant généralement en union jusqu’à leur décès.

Les travaux de l’INED s’inscrivent dans une démarche comparative, s’attachant à montrer la diversité des parcours conjugaux et familiaux des personnes âgées.

L’isolement conjugal en France

S Pennec, J Gaymu

L’évolution des structures matrimoniales des personnes âgées est désormais bien connue mais celle des durées de vie passées dans chacune des situations matrimoniales n’a fait l’objet que de peu de recherches. Or, si isolement conjugal (années passées sans partenaire dans le célibat, le veuvage ou le divorce) ne signifie assurément pas isolement social, sans conteste vieillir sans partenaire fragilise les individus surtout en situation de dépendance. De plus, dans ce cas, la durée de la prise en charge a des conséquences majeures en termes de coût collectif mais aussi familial : les aidants familiaux, essentiellement des femmes, font généralement face mais au détriment de leur propre santé et au prix d’aménagements, parfois importants, de leur carrière professionnelle.

Cette étude retrace les histoires conjugales des hommes et des femmes âgées de 60 ans et plus, différentes à maints égards, et nés entre 1900 et 1950. Ces 50 années retracent l’histoire de la vieillesse en France depuis les années 60 et donnent un éclairage sur les évolutions attendues durant les prochaines décennies. Un modèle de microsimulation a été utilisé, outil précieux en ce domaine puisqu’il permet de reconstituer les biographies individuelles grâce à la prise en compte de tous les évènements familiaux qui peuvent ponctuer la vie après 60 ans. Une attention particulière a été accordée à l’analyse de la variété des parcours matrimoniaux. En effet, certains vivront avec ou sans partenaire jusqu’à leur décès alors que d’autres connaitront des périodes successives de vie en couple et en solitaire à la suite d’un veuvage ou un divorce, ces ruptures pouvant intervenir plus ou moins précocement dans le cycle de vie. Les évolutions des durées de vie dans les différents états matrimoniaux ont donc été estimées selon les divers parcours conjugaux, certains se diffusant et d’autres marquant le pas au fil des générations,. Cette recherche connaîtra plusieurs développements dans l’avenir. D’autres âges de la vieillesse seront étudiés et, en collaboration avec des chercheurs australiens (Australian National University) engagés dans la même problématique, on quantifiera l’évolution de la durée de la dépendance dans les diverses situations d’isolement matrimonial, veufs, célibataires et divorcés n’ayant pas les mêmes possibilités de soutien familial.

Les familles à 4 générations : aspects différentiels

S Pennec, J Gaymu

Aborder la retraite en étant à la fois enfant, parent et grand-parent est devenu courant dans nombre de pays occidentaux : avec une fécondité oscillant autour de 2 enfants par femme et une espérance de vie à la naissance de l’ordre de 80 ans, les familles à 4 voire 5 générations se sont multipliées. Cette évolution conduit la génération-pivot à se trouver dans une position centrale dans la chaine des solidarités familiales, soutien à la fois de ses enfants et de ses parents âgés.

Les travaux de microsimulation menés à l’INED par Sophie Pennec sur les lignées de quatre voire cinq générations vivantes seront enrichis par la prise en compte de la catégorie socio-professionnelle et de la région. On pourra ainsi proposer des estimations à l’échelon départemental ou selon le milieu social, de la distribution des familles selon le nombre de générations et de personnes qu’elles regroupent. Ces analyses apporteront des éclairages sur la dispersion, géographique ou sociale, des sollicitations potentielles (liées à la présence de générations ascendantes et descendantes) auxquelles ces générations doivent faire face.

La cohabitation multigénérationnelle en Europe : CENSUS


P Festy

L’objectif de la base européenne intégrée de micro-données de recensement est de permettre à tout chercheur d’accéder aux enregistrements individuels, la mise à disposition d’une information détaillée sous forme de méta-données facilitant les comparaisons dans le temps et l’espace. Le projet consiste à évaluer la couverture et la qualité de cette base par des mesures démographiques. Une recherche sur la prévalence et les facteurs de la co-résidence intergénérationnelle des adultes pendant les décennies récentes sera menée pour tester la qualité opérationnelle de la base. En matière de cohabitation multigénérationnelle un clair gradient Nord/Sud se dessine en Europe mais ce constat reste très général. Rares sont les études comparatives sur ce sujet qui utilisent un large éventail d’indicateurs (le nombre de personnes dans le ménage, leurs caractéristiques socio-démographiques, leur lien familial...). Ce type d’analyse apportera des éclairages nouveaux sur cette forme de solidarité familiale et permettra, notamment, de dissocier les cas où la cohabitation entre générations existe de longue date et ceux traduisant une prise en charge par les enfants de leurs parents vieillissants ou, inversement, une re-cohabitation faisant suite, par exemple, au divorce d’un enfant.

Quelques références :

Gaymu J., Festy P., Poulain M. and Beets G. (eds), 2008, Future elderly living conditions in Europe, cahiers de l’INED, n°162, 315 p

Gaymu J., Delbès C., Springer S., Binet A., Desesquelles A., Kalogirou S., Ziegler U., 2006, « Determinants of the living arrangements of older people in Europe », European Journal of population, vol 22, n°3, 241-262

Murphy M., Martikainen P., Pennec S., 2006, « Demographic change and the supply of potential family supporters in Britain, Finland and France in the period 1911-2050 », European Journal of Demography, 22 (3), p. 219-240

Delbès C., Gaymu J., Springer S., 2006, « Les femmes vieillissent seules, les hommes à deux. Un bilan européen », Population et Sociétés, n°419, janvier 2006

Delbès C., Gaymu J., 2004, « L’histoire conjugale des 50 ans et plus ». In: Lefèvre C., Filhon A. (dir.), Histoires de familles, histoires familiales. Paris, Ined, Les cahiers de l’Ined, 156, p.339-356

Pennec S., 1996, « La place des familles à quatre générations en France ». Population. 51 (1), 31-60

Bonnet C., Cambois E., Cases C., Gaymu J., 2011, "La dépendance : aujourd’hui l’affaire des femmes, demain davantage celle des hommes", population et Société, n°483

Bonvalet C., Clément, C. and Ogg, J., 2013, Baby-boomers and their entourage, International Review of Sociology: Revue Internationale de Sociologie, DOI:10.1080/03906701.2013.771054