Les solidarités intergénérationnelles

Les solidarités intergénérationnelles

L’INED possède une longue tradition d’analyse de l’évolution des relations familiales au cours du cycle de vie. Depuis les années 60, nombre de travaux ont montré que « l’autonomie des ménages ne s’était pas accompagnée de la rupture des familles » mais signifiait « une intimité à distance ». Ils ont mis en avant l’importance des échanges au sein de la famille élargie notamment entre les personnes âgées et leurs enfants, que ces liens soient appréciés à partir des visites, des services rendus ou reçus ou en termes de proximité affective. Tantôt soutiens tantôt ayant besoin de soutien, les personnes âgées sont au cœur de la chaîne des solidarités. Toutes les études s’accordent, en effet, à montrer que les solidarités familiales s’inscrivent dans la réciprocité, la balance des échanges s’inversant au cours de l’avance en âge : les jeunes retraités sont plus souvent aidants qu’aidés mais, en vieillissant, ils deviennent plus fréquemment l’objet de soutien.

Les projets en cours à l’INED se placent tant du point de vue des enfants que de celui des grands-parents, embrassent l’ensemble des relations familiales ou abordent des points particulier de l’entraide.

Les solidarités familiales des Baby-boomers

C Bonvalet

L’objectif de ce projet est d’analyser comment les générations nées après guerre ont été les acteurs des transformations de la famille. Les résultats de la recherche montrent que, les générations nées après-guerre ne se sont pas éloignées de leur famille d’origine. Elles ont conduit à une sorte de « révolution tranquille » où elles ont su établir d’autres rapports avec leurs parents en leur faisant admettre la fin d’un certain nombre de règles morales qui régissaient la famille, accepter - non sans difficultés parfois - d’autres façons de vivre leur couple sans passer forcément par le mariage, et d’autres manières d’être parents en dehors de la cellule nucléaire. Aujourd’hui, les baby-boomers sont confrontés à une situation bien particulière : leurs parents font partie des premières cohortes qui ont bénéficié massivement de l’augmentation de l’espérance de vie des cinquante dernières années, en particulier l’augmentation de l’espérance de vie aux âges élevés, tandis que leurs enfants subissent de plein fouet la crise économique avec la multiplication des emplois précaires et les difficultés d’accès au logement. Les baby-boomers partis à la découverte d’un monde sans contrainte, voire sans famille, subissent, au seuil du troisième âge, un effet boomerang... Devenus « papy-boomers », ils se trouvent soumis à une double injonction paradoxale : être des seniors actifs, mobiles, avec de nouveaux projets résidentiels, affectifs, culturels, et assumer en même temps leur rôle de génération pivot.

Les relations familiales des enfants

L Toulemon, A Regnier Loilier

Après la séparation de leurs parents, les enfants partagent parfois leur temps entre leurs deux parents suivant des modalités très variables. La garde principale est le plus souvent confiée à la mère de l’enfant. L’enquête ERFI (vague 1 et 2) collecte un certain nombre d’informations sur les ascendants du parent enquêté, leur rôle dans le quotidien de la famille de l’enfant y étant particulièrement bien décrit. Nous tenterons de vérifier en quoi la proximité et la disponibilité d’une aide familiale facilitent la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle des parents. De plus, les données des deuxième et troisième vagues de l’enquête ERFI donneront une vision dynamique de l’environnement familial élargi des enfants : fratrie, parents et beaux parents, grands parents,... En outre, les données issues de ELFE apporteront un éclairage supplémentaire puisque la collecte prévoit d’interroger le père et la mère des enfants, qu’ils soient ou non cohabitants. On pourra alors étudier les effets de la présence et du rôle des grands-parents maternels et paternels sur le quotidien des enfants. Enfin, à mesure que l’enfant grandit, son environnement familial au sens large se modifie en fonction de l’histoire conjugale des parents avant ou après leur naissance (apparition de demi-frères, demi-soeurs, quasi-frères et soeurs, beaux-parents, mais aussi « beaux grand-parents »). L’enquête Elfe permettra pour la première fois de reconstituer cet environnement familial élargi en étudiant le rôle joué par ses proches ayant ou non des liens biologiques.

L’aide des grands-parents à leurs enfants : qui aide qui ?

J Gaymu, S Pennec

L’objectif de ce projet est d’analyser l’influence des caractéristiques socio-démographiques des grands-parents sur le soutien apporté à leurs filles (ou belles filles) et, pour ces dernières, les implications de cette aide en termes de conciliation entre leur vie familiale et professionnelle. Aujourd’hui en France, la moitié des personnes de 56 ans sont grands-parents et c’est le cas des trois quarts de celles qui ont 66 ans. L’entrée dans la parentalité peut donc survenir à des moments très divers de la carrière professionnelle. Il s’agira dans un premier temps de déterminer « qui aide qui ». Certaines caractéristiques professionnelles ou caractéristiques individuelles des grands-parents favorisent-elles leur implication dans la garde de leurs petits-enfants ? Le même type d’analyse sera conduit du côté des filles et des belles-filles afin d’identifier celles qui bénéficient du soutien de leurs parents pour rester intégrées au marché du travail. Par ailleurs, on sait que l’entretien de la sociabilité familiale est traditionnellement dévolu aux femmes. On peut toutefois penser que certaines combinaisons de situations professionnelles au sein des couples de grands-parents (époux retraité et épouse toujours actives, par exemple) favorisent la participation des grands-pères. On vérifiera si les facteurs déterminants de l’aide sont les mêmes pour les grands-mères et les grands-pères.

Quelques références

Bonvalet C., Ogg J., 2009, Les baby boomers : une génération mobile, Paris, Editions de l’Aube

Bourgeois A., Légaré J., 2009, « Comment la démographie façonne la population des grands-parents » in Régnier-Loilier A. Portraits de familles, Paris, Ined, Collections Grandes enquêtes, p. 453-470

Delbès C., Gaymu J., 2007. « Family solidarities at the beginning of retirement in France » , in Véron J., Pennec S., Légaré J. (ed), Age, generations and the Social contract, Springer, p. 231-258

Régnier-Loilier A., 2006, « A quelle fréquence voit-on ses parents ? », Population et Sociétés, n°427

Bonvalet C., Ogg J., 2006, Enquêtes sur l’entraide familiale en Europe. Bilan de 9 collectes, Coll. Méthodes et savoir, INED, 264 p

Bonvalet C., Lelievre E., 2005, « Relations familiales des personnes âgées », Retraite et Société, Les nouvelles données démographiques, n°45, pp.44-69

Tomassini C., Grundy E., Kalogirou S., Gaymu J., Binet A., Martikainen P., Karisto A., 2005, « Rencontres entre parents âgés et enfants : quelles différences en Europe ; les exemples de la Finlande, de la France et de l’Italie », Retraite et société, n°46, p. 9-27

Ogg, J. and Renaut, S. (2013) Ageing and intergenerational support: the role of life course events. In Börsch-Supan, Axel, Brandt, Martina, Litwin, Howard and Weber, Guglielmo (eds.) Active ageing and solidarity between generations in Europe : First results from SHARE after the economic crisis, De Gruyter, pp. 370-379

Ogg, J. and Renaut, S. (2012) Social inclusion of elders in families. In Scharf, T. and Keating, N. (eds) From Exclusion to Inclusion in Old Age: A Global Challenge. Bristol, The Policy Press

Ogg, J. et Renaut, S. (2012) « Le soutien familial en Europe : l’effet de la position générationnelle », dans Le Borgne-Uguen, F. et Rebourg, M. (dir.), L’entraide familiale sous contraintes : droit et sociologie, PUR, col. Le sens social