L’évolution de l’espérance de vie

L’évolution de l’espérance de vie

France Meslé et Jacques Vallin

L’allongement de l’espérance de vie nous interroge sur les mécanismes sous-tendant la baisse de la mortalité, notamment aux très grands âges. À partir des années 1960, les évolutions d’espérance de vie à la naissance ont largement divergé dans les pays industriels. Les ressorts de ces divergences ne peuvent être compris sans une analyse fine de l‘évolution de la mortalité par âge et par cause.

La connaissance précise de l’évolution des causes de décès est en effet un préalable indispensable à toute tentative d’explication aussi bien des évolutions de mortalité sur le long terme, que des crises de mortalité exceptionnelles. Par ailleurs, l’amélioration des connaissances sur les lois de mortalité aux très grands âges permettra de préciser l’évolution de la structure de la population y compris au sommet de la pyramide des âges. Les plus de 90 ans qui, en France, sont environ au nombre de 500 000 aujourd’hui devraient être près de 3 500 000 en 2050. Compte tenu de l’importance des services médicaux ou sociaux très spécifiques qui doivent être offerts à cette population, il devient crucial d’améliorer les prévisions du nombre de personnes très âgées pour mieux anticiper les besoins.

Les tables de mortalité françaises

Le préalable aux analyses de la mortalité est de disposer d’estimations solides des niveaux de mortalité par âge. En France, il faut procéder à la mise à jour régulière des tables annuelles complètes de mortalité déjà publiées par l’INED pour les XIXe et XXe siècles. Un effort particulier doit être fait pour rassembler et valider l’information sur la survie au-delà de 100 ans et même de 110 ans.

Un ouvrage de France Meslé et Jacques Vallin dans le série "Données statistiques" de 2001 a synthétisé différents travaux de reconstitutions historiques qui avaient permis de construire des tables annuelles complètes de mortalité du moment et de génération, de 1806 à 1997, incluant une analyse d’ensemble de l’évolution à long terme de la mortalité en France.

Ces tables, très souvent utilisées à l’intérieur comme à l’extérieur de l’INED, doivent être continuellement mises à jour.Cette série longue de tables de mortalité par sexe et âge nous a permis de contribuer à l’élaboration des hypothèses sur l’évolution de la mortalité pour les projections de l’INSEE. Elle est très utile pour l’étude de l’évolution de la mortalité en France et sert de standard pour des études comparatives ; nous avons ainsi comparé les évolutions françaises et japonaises à celles, moins favorables, observées aux États-Unis et aux Pays-Bas notamment chez les femmes âgées. Au cours des prochaines années, outre la nécessité d’entretenir la base par une mise à jour régulière et l’amélioration de son contenu, nous continuerons d’en tirer parti pour suivre la conjoncture de la mortalité par sexe et âge et notamment aux grands âges.

Les tables de mortalité dans les différents pays du monde

Toute comparaison internationale commence par le rassemblement et la mise en forme de données. Les travaux de France Meslé et Jacques Vallin visent à constituer une base de données sur les tables de mortalité existantes dans les pays développés. Cette collection de tables de mortalité reste cependant incomplète pour certains pays et doit par ailleurs sans cesse être mise à jour.

Il a été convenu avec le Max Planck Institute for Demographic Research (MPIDR) de joindre cet effort à celui du Data Laboratory du MPIDR pour en faire une base de données informatisée, accessible au public sur le Web (www.lifetable.de). Cette base de données, à la création de laquelle a aussi été associé le Département de démographie de l’Université de Californie (Berkeley), contient à la fois les copies conformes en PDF des tables publiées et des fichiers informatisés téléchargeables contenant pour chaque table de mortalité les 7 fonctions classiques recalculées de façon standardisée à partir de la saisie de deux fonctions de la table publiée. Cette mise sur le Web, qui concerne actuellement une cinquantaine de pays, porte essentiellement sur le XXe siècle, parfois sur le XIXe. Elle est constamment alimentée par de nouvelles données.

Cette base de données est venue compléter utilement d’autres bases concernant la mortalité (Human Mortality Database, Kannisto Database) pour la réalisation d’une recherche conduite dans le cadre de ce projet sur l’espérance de vie maximum. En combinant les risques de mortalité par âge les plus faibles observés à un moment donné dans les pays les plus avancés, on peut donner une idée de ce que pourrait être l’espérance de vie d’une population qui bénéficierait de ces risques minimums. L’espérance de vie combinant les plus faibles mortalités de 1950 a été dépassée par la plupart des pays contribuant à l’analyse en moins de 25 ans. Celle de 1975 est en passe de l’être aujourd’hui. Pour tenir compte des variations infranationales de mortalité, un exercice similaire de combinaison des plus faibles mortalités sera appliqué au niveau des États des États-Unis.

Quelques références :

Jasilionis Domantas, Meslé France, Shkolnikov Vladimir M., Vallin Jacques, 2011, « Recent life expectancy divergence in Baltic countries », European Journal of Population, 27(4), p. 403-431

Meslé France, Vallin Jacques. 2011. Historical trends in mortality. In: Rogers Richard G., Crimmins Eileen M. (ed.), International Handbook of Adult Mortality. Dordrecht Heidelberg London New York, Springer, p. 9-47

Prioux France, Barbieri Magali, 2012, « L’évolution démographique récente en France : une mortalité relativement faible aux grands âges », Population-F, 67(4), p. 597-656
http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/population/bdd/publication/1640/

Vallin Jacques et Meslé France, 2001. - Tables de mortalité françaises pour les XIXe et XXe siècles et projections pour le XXIe. - Paris, INED, 102 p. + CD-rom p. (Données statistiques, n° 4-2001)

Vallin Jacques, Meslé France. 2008a. Les plus faibles mortalités : un prédicteur des progrès à venir ? Population-F, 63 (4), p. 647-682