Epargne et patrimoine

Epargne et patrimoine

A côté des pensions de retraite, le patrimoine représente une part importante des ressources des ménages durant la période de retraite. La littérature s’est beaucoup intéressée aux liens entre comportements d’épargne et systèmes de retraite public, même si la question d’une éventuelle substitution entre épargne privée des ménages et pension de retraite publique n’est pas tranchée. Étudier la richesse des ménages répond à plusieurs attentes. La première est la volonté d’enrichir les travaux sur les inégalités. Les résultats des études des inégalités et de la pauvreté sont modifiés dès lors que l’on prend en compte les loyers imputés et les revenus du patrimoine financiers. L’autre raison, qui est liée, tient au fait que le stock de patrimoine donne une indication sur le flux de consommation future et l’absorption de « chocs » de ressources qu’il peut permettre (veuvage, dégradation de l’état de santé et besoins accrus de services, désindexation des pensions de retraite), pouvant ainsi conduire à des inégalités entre retraités et à la définition d’une population vulnérable car pauvre en revenus mais aussi en patrimoine. Enfin, on peut s’interroger sur le rôle croissant que pourrait jouer ce patrimoine à la fois sur le niveau de vie des retraités dans un contexte de baisse des taux de remplacement mais aussi sur leurs comportements de départ.

Instauration du système de retraite public et impact sur l’épargne


L. Kesztenbaum

La fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, en France, en Europe et, dans une moindre mesure, aux Etats-Unis, constituent une période singulière eu égard à l’accroissement colossal des dépenses publiques qui s’y produit. Une partie considérable de cet accroissement est liée à la mise en place, plus ou moins progressive selon les pays mais toujours très rapide, de systèmes de retraite universels. Ils constituent la forme d’aide publique dont la création a sans doute les conséquences les plus considérables. Cependant, les modalités concrètes de leur apparition restent encore peu étudiées, tout comme les conséquences de leur rapide développement, qui font l’objet d’âpres débats, entre les travaux qui affirment que l’apparition de comportements d’épargne et les choix de départ en retraite précèdent l’invention et l’essor des systèmes de retraite et ceux qui considèrent que l’industrialisation a conduit à une paupérisation massive des plus vieux.Les travaux menés à l’INED sur la France au XIXe siècle et au début du XXe siècle se situent dans cette seconde perspective, en s’intéressant à la situation financière des plus âgés durant cette période. Ils montrent simultanément la très grande précarité des plus de soixante ans -moins de la moitié d’entre eux disposent d’une épargne suffisante pour leur vieillesse- et l’avantage que possèdent ceux qui touchent une retraite. Ces résultats confortent l’idée que les personnes âgées ne possédaient pas ou peu de possibilités individuelles d’assurer leur subsistance. Le travail s’oriente maintenant vers une double piste : d’une part développer l’étude des systèmes de pension et caractériser les conditions de leur apparition et, d’autre part, analyser l’interaction entre la pension de retraite et une autre forme importante d’assurance pour les vieux jours, la famille. L’enjeu ici est à la fois de saisir les motivations qui président à l’adoption et à la généralisation de systèmes de pension et de préciser comment cette évolution influence les comportements des individus.

Évolution du patrimoine au cours du cycle de vie


C. Bonnet

Les travaux en France sur les comportements d’épargne sur cycle de vie et en particulier sur une éventuelle désaccumulation aux âges élevés sont peu nombreux. La théorie du cycle de vie, dans sa version de base, indique que les ménages devraient accumuler de la richesse jusqu’aux âges de la retraite puis désaccumuler régulièrement pour atteindre une richesse nulle au moment du décès, et ce, afin de maintenir le niveau de consommation malgré la chute de revenus engendrée par le passage en retraite. Les données ne confirment pas cette version basique. D’autres modèles ont alors tenté d’en comprendre les raisons, en introduisant la volonté de donation, l’incertitude sur la durée de vie, ou encore l’épargne de précaution (dépenses de santé et de dépendance). S’inscrivant dans la continuité de ces recherches, les travaux menés sur la France, à l’aide d’une décomposition âge, période, cohorte, mettent en évidence l’absence de désaccumulation durant la période de retraite. Pour cela, les enquêtes Actifs Financiers 1986 et 1991-1992 et les enquêtes Patrimoine 1997-1998, 2003-2004 et 2009-2010 ont été harmonisées de manière à constituer un pseudo-panel. Il s’agit aussi de faire la distinction dans le patrimoine total entre le patrimoine immobilier et le patrimoine financier, les deux répondant à des logiques d’accumulation différentes. Enfin, une attention particulière est portée aux disparités entre générations en identifiant des effets cohorte.


Quelles inégalités de patrimoine entre hommes et femmes ?


C. Bonnet

Les déterminants des écarts de salaire entre hommes et femmes ont fait l’objet de nombreux travaux. De même, les écarts de pension de retraite sont aujourd’hui bien documentés. Les écarts de patrimoine restent eux encore peu explorés par la littérature. Une des principales raisons tient à l’absence de données, la mesure du patrimoine dans les enquêtes étant souvent effectuée au niveau du ménage et non au niveau individuel. Or, étudier le patrimoine au niveau individuel est important car ce dernier assure un certain nombre de fonctions pouvant influer le bien-être des individus. Il procure une utilité (logement), un flux de revenus ou permet d’absorber certains chocs de ressources (veuvage, santé, ...).

Le travail mené ici à partir des enquêtes Patrimoine de l’INSEE consiste à mettre en évidence l’existence d’un écart de richesse entre hommes et femmes, d’en quantifier l’ampleur et d’en étudier les déterminants. Ces écarts proviennent-ils de différences sur le marché du travail et donc de revenus, de comportements d’épargne différenciés, ou encore des structures familiales?


Quelques références :

Bourdieu, J., L. Kesztenbaum, et G. Postel-Vinay, 2009, "Pensions or savings? Ageing in France at the turn of the century."Working paper

Bourdieu, J. et L. Kesztenbaum, 2009, "Patrimoine et retraite : l’expérience française de 1820 à 1940."Economie et Statistiques, 417-418: p. 77-91

Bonnet C., Keogh A., Rapoport B., 2013, « Quels facteurs pour expliquer les écarts de patrimoine entre hommes et femmes en France ? », Document de travail INED, n°191