Mesurer la santé, la dépendance

La mesure de la santé et de la dépendance

E Cambois, A Désesquelles, JM Robine

La mesure de la santé de la population se fait à travers des enquêtes portant sur un échantillon représentatif de la population dans lesquels on interroge les personnes sur leur santé. Ces enquêtes dites « déclaratives » donnent une vision de la perception qu’ont les personnes de leur état de santé, à travers différentes questions abordant leur ressenti général, les maladies dont ils sont atteints et enfin sur leurs handicaps ou incapacité.

Les déterminants de la santé perçue

A Désesquelles développe des recherches visant à mieux comprendre les déterminants de la santé perçue. La mesure de la santé déclarative intègre une dimension subjective dont il convient de tenir compte. L’indicateur sur la santé perçue permet de refléter des facteurs influents, non pas seulement liés aux maladies et incapacités, mais aussi du ressenti des personnes et de la perception qu’elles ont de leur santé, quel que soit leur état "objectif".

La réponse à la question de l’OMS "Comment est votre état de santé en général ?" est fortement déterminée par la présence de maladies ou d’incapacités mais d’autres éléments (notamment l’âge, le sexe, la position sociale, l’environnement familial...) sont susceptibles d’influencer la réponse donnée. Une étude d’Hintermeyer et Avdeev à partir des données de l’enquête ERFI (Etudes des relations familiales et intergénérationnelles) a montré que la part des personnes qui, bien qu’ayant une maladie chronique ou de longue durée, se déclarent en bonne santé, augmente avec l’âge.

A Désesquelles propose d’utiliser les données de cette enquête pour analyser les déterminants de la santé perçue chez les personnes âgées de 60 ans ou plus. Le rôle joué par l’environnement familial fera l’objet d’une attention particulière. Elle mettra également à profit les données de la deuxième vague de l’enquête (la question sur la santé perçue a été de nouveau posée en 2008). L’enquête ERFI est la déclinaison française des enquêtes GGS (Generations and Gender Survey). Elle pourra donc répliquer les analyses pour d’autres pays (Allemagne notamment) et tester la stabilité des résultats obtenus sur le cas français.

Qu’est-ce que le handicap ou la dépendance ?

Dans les travaux d’E Cambois et JM Robine, le handicap, les incapacités ou la dépendance sont définis comme les conséquences des maladies, accidents ou malformations sur le fonctionnement de l’individu. Ces concepts sont organisés dans des modèles décrivant un processus allant de la maladie aux déficiences (sensorielles, physiques, mentales), au niveau de l’organisme de l’individu et de ses structures altérées. L’altération des fonctions peut engendrer des gênes dans les activités du quotidien (travail, domicile, soins personnels, loisirs, etc.). Ces gênes peuvent alors limiter la participation sociale des personnes et parfois les conduire à perdre leur autonomie : elles se trouvent en effet en situation de dépendance lorsque que les gênes touchent des activités élémentaires de la vie quotidienne, et que les personnes dépendent de l’assistance d’un tiers pour des activités essentielles (toilette, habillage, préparation des repas...).

La dépendance est définie comme la « Situation dans laquelle les personnes dépendent de quelqu’un ou de quelque chose pour leur bien être, leur santé voire leur survie. Dans le domaine du handicap, on parle de dépendance lorsque des personnes ont besoin de l’assistance régulière de quelqu’un pour des activités élémentaires qu’elles ne peuvent plus faire seules en raison de déficiences et d’incapacités : les soins personnels, les tâches ménagères, la gestion des affaires courantes, etc. Avec l’accroissement du nombre de personnes âgées particulièrement à risque d’incapacités, un enjeu important est d’anticiper les besoins futurs pour la prise en charge de la dépendance (aide à domicile, maisons de retraite...). » (Dictionnaire de démographie)

Dans les recherches menées, on considère que le processus de perte d’autonomie n’est pas systématique : il dépend des ressources de la personne pour se remettre d’une maladie ou pour s’adapter à d’éventuelles altérations fonctionnelles. Il dépend aussi de l’environnement de la personne qui peut faciliter ou non cette adaptation. Les aides techniques, la rééducation, l’aménagement de l’environnement peuvent en effet contribuer à compenser l’effet de limitations fonctionnelles. Favoriser les stratégies de compensation c’est maintenir un niveau d’activité satisfaisant et prolonger l’autonomie dans la vie quotidienne. Ainsi nos travaux visent à rechercher les situations et facteurs favorisant le maintien de l’autonomie.

Quelques références :

Désesquelles A, Salvatore MA, Egidi V, Why do Italian people rate their health worse then French people? An exploration of cross-country differentials of subjective health, Social Science and Medicine, 2009;68:1124-112

Cambois, E. and J.-M. Robine, L’incapacité et le handicap dans l’enquête santé 2002-2003 : Diversité des approches et usage des indicateurs. Dossiers Solidarité Santé, 2006. 2: p. 23-31

Cambois, E. and J.-M. Robine, Concepts et mesure de l’incapacité : définitions et application d’un modèle à la population française. Retraite et Société, 2003. 39: p. 62-91

Sermet, C. and E. Cambois, Mesurer la santé, in Traité de Démographie : Tome III. Les déterminants de la mortalité, G. Caselli, J. Vallin, and G. Wunsch, Editors. 2002, Ined: Paris. p. 25-52

Robine, J.-M., J.-F. Ravaud, and E. Cambois, General concepts of disablement, in Osteoarthritis: public health implication for an aging population, D. Hamerman, Editor. 1997, John Hopkins University Press: Baltimore. p. 63-83